Motivation extrinsèque et intrinsèque en escalade
Motivation extrinsèque et intrinsèque en escalade : comprendre ce qui nous pousse à grimper
Pourquoi grimpons-nous ? Pour le plaisir de pratiquer, pour progresser, pour gagner une compétition, pour atteindre un niveau qui nous semblait inaccessible ou pour obtenir la reconnaissance des autres ?
La motivation est au cœur de la pratique sportive. Elle influence notre engagement, notre persévérance, notre rapport à l'effort et notre manière de vivre les réussites comme les échecs.
En préparation mentale, comprendre ce qui nous motive est une étape essentielle. Car derrière un même objectif, deux sportifs peuvent avoir des raisons très différentes de s'investir.
La psychologie distingue notamment deux grandes formes de motivation : la motivation extrinsèque et la motivation intrinsèque.
Mais contrairement à une idée parfois répandue, il ne s'agit pas de choisir entre les deux. Elles peuvent coexister et se compléter.
Alors, qu'est-ce qui nous motive réellement à grimper ?
1. La motivation extrinsèque : grimper pour obtenir quelque chose
La motivation extrinsèque correspond à une motivation orientée vers un résultat extérieur à l'activité elle-même.
En escalade, elle peut prendre différentes formes :
Gagner une compétition.
Intégrer une équipe régionale ou nationale.
Atteindre un nouveau niveau de difficulté.
Obtenir une reconnaissance de son entraîneur ou de ses parents.
Se qualifier pour une finale.
Démontrer que l'on est capable de réussir.
Ces objectifs peuvent être de puissants moteurs.
Ils donnent une direction à l'entraînement, permettent de structurer les efforts et peuvent aider le sportif à persévérer lorsqu'il rencontre des difficultés.
Un jeune grimpeur qui souhaite intégrer l'équipe de France peut ainsi s'engager dans un entraînement exigeant parce qu'il sait où il veut aller.
La motivation extrinsèque n'est donc pas négative en soi.
Elle devient particulièrement intéressante lorsque le sportif comprend le sens de son objectif et choisit de s'y engager.
Quand la motivation extrinsèque devient une pression
La difficulté apparaît lorsque l'objectif n'est plus vécu comme un choix, mais comme une obligation.
Un grimpeur peut alors s'entraîner :
Pour ne pas décevoir ses parents.
Pour éviter les critiques de son entraîneur.
Pour ne pas perdre sa place dans le groupe.
Pour prouver qu'il est meilleur que les autres.
Pour ne pas avoir honte de son résultat.
Dans ces situations, la motivation peut progressivement être associée à la peur de l'échec, au regard des autres ou au sentiment de ne jamais être suffisamment performant.
Le sportif peut continuer à s'investir énormément tout en éprouvant de moins en moins de plaisir.
Il est donc important de ne pas confondre être très motivé et être motivé de manière autonome.
Un sportif peut être extrêmement déterminé tout en ressentant une forte pression.
2. La motivation intrinsèque : grimper pour le plaisir de grimper
La motivation intrinsèque correspond au plaisir, à l'intérêt ou à la satisfaction que procure directement une activité.
En escalade, elle peut se manifester de nombreuses façons :
J'aime résoudre les problèmes posés par les blocs.
J'adore ressentir la fluidité d'un mouvement.
Je prends du plaisir à découvrir de nouvelles voies.
J'aime me confronter à des défis.
Je suis satisfait lorsque je réussis quelque chose qui me semblait impossible.
J'aime ressentir cette sensation particulière lorsque je grimpe.
Dans ce cas, l'activité elle-même constitue une source de satisfaction.
Le sportif ne grimpe pas uniquement pour obtenir un résultat. Il trouve également du plaisir dans ce qu'il fait, dans les sensations qu'il éprouve et dans les expériences qu'il vit.
Cette motivation peut favoriser un engagement durable, car le plaisir de pratiquer ne dépend pas uniquement du résultat obtenu.
Le plaisir ne signifie pas l'absence d'effort
Il est important de comprendre que la motivation intrinsèque ne signifie pas que tout doit être facile ou agréable.
Un grimpeur peut apprécier une activité exigeante, accepter de répéter un mouvement des dizaines de fois et ressentir de la satisfaction après un entraînement difficile.
Le plaisir peut se trouver dans le défi, dans la progression ou dans le sentiment d'avoir dépassé une difficulté.
Ce n'est pas l'absence d'effort qui caractérise la motivation intrinsèque, mais le plaisir ou l'intérêt que l'on trouve dans l'activité elle-même.
3. Motivation extrinsèque et intrinsèque : faut-il choisir ?
Non.
Un grimpeur peut aimer profondément l'escalade et vouloir atteindre le haut niveau.
Il peut prendre du plaisir à grimper tout en ayant pour objectif de gagner une compétition.
Il peut apprécier les sensations d'une voie difficile et vouloir obtenir une sélection nationale.
Les deux motivations peuvent donc coexister.
La question n'est pas de savoir si un sportif possède une motivation extrinsèque ou intrinsèque, mais de comprendre comment elles s'articulent.
Un objectif de performance peut être une source d'énergie et de détermination lorsqu'il correspond à ce que le sportif souhaite réellement.
À l'inverse, il peut devenir une source de tension lorsqu'il est principalement associé à la peur de décevoir ou à la nécessité de prouver sa valeur.
Une distinction importante : la motivation extrinsèque n'est pas toujours subie
La théorie de l'autodétermination distingue plusieurs formes de motivation extrinsèque.
Prenons l'exemple d'un grimpeur qui souhaite intégrer l'équipe de France.
Il peut poursuivre cet objectif :
Pour faire plaisir à ses parents.
Pour éviter de décevoir son entraîneur.
Parce qu'il pense que cette sélection lui permettra de progresser.
Parce que le haut niveau correspond à ses valeurs et à son projet personnel.
Dans tous ces cas, l'objectif est extérieur à l'activité elle-même.
Pourtant, les raisons de s'engager sont très différentes.
Plus le sportif comprend et s'approprie les raisons de son engagement, plus sa motivation peut devenir autonome.
C'est un élément particulièrement intéressant en préparation mentale : aider le sportif à passer d'un objectif qu'il subit à un objectif qu'il choisit et auquel il donne du sens.
4. Les trois besoins psychologiques qui favorisent une motivation de qualité
La théorie de l'autodétermination, développée notamment par Edward Deci et Richard Ryan, identifie trois besoins psychologiques fondamentaux qui contribuent à une motivation de meilleure qualité.
Le besoin d'autonomie
Le sportif a besoin de se sentir acteur de ses choix.
Il ne s'agit pas de faire tout ce que l'on veut, mais de comprendre pourquoi l'on fait les choses et de pouvoir s'engager dans une pratique qui a du sens.
En escalade, cela peut passer par la possibilité de participer à la définition de ses objectifs, de comprendre les choix d'entraînement ou d'exprimer ses propres attentes.
Le besoin de compétence
Le sportif a besoin de se sentir capable de progresser et de relever des défis.
Cela ne signifie pas qu'il doit réussir tout ce qu'il entreprend.
Il doit pouvoir constater ses progrès, comprendre ses erreurs et développer la confiance dans sa capacité à apprendre.
Un objectif adapté, un retour constructif ou la prise de conscience d'une progression peuvent renforcer ce sentiment.
Le besoin de lien social
Le sportif a besoin de se sentir soutenu, accepté et reconnu.
La relation avec les parents, l'entraîneur et les partenaires d'entraînement joue un rôle important.
Un environnement dans lequel le sportif peut exprimer ses difficultés, faire des erreurs et continuer à se sentir accepté contribue à une relation plus saine avec sa pratique.
Ces trois besoins peuvent être particulièrement importants chez les jeunes grimpeurs, dont la motivation évolue dans un environnement où les attentes des adultes et les résultats prennent parfois beaucoup de place.
5. Quel rôle pour la préparation mentale ?
En préparation mentale, il ne s'agit pas simplement de renforcer la motivation d'un sportif.
Il s'agit aussi de comprendre ce qui la nourrit, ce qui peut la fragiliser et comment l'aider à construire une relation plus équilibrée avec sa pratique.
Comprendre les motivations du sportif
Avant de travailler sur un objectif de performance, il est intéressant de prendre le temps d'explorer les raisons qui le rendent important.
Quelques questions peuvent ouvrir la réflexion :
Pourquoi cet objectif est-il important pour toi ?
Qu'est-ce que tu aimerais ressentir lorsque tu grimpes ?
Qu'est-ce qui te donne envie de continuer lorsque c'est difficile ?
Qu'est-ce qui te procure le plus de plaisir dans ta pratique ?
Si personne ne connaissait ton résultat, qu'est-ce qui te donnerait encore envie de grimper ?
Ces questions ne cherchent pas à remettre en cause les ambitions du sportif.
Elles permettent de mieux comprendre ce qui se trouve derrière elles.
Donner du sens aux objectifs
Un objectif de résultat peut être utile, mais il ne suffit pas toujours à guider le sportif dans son quotidien.
Il peut être intéressant de le relier à des objectifs de progression et à des éléments sur lesquels le grimpeur peut agir.
Par exemple :
Objectif de résultat : intégrer l'équipe de France.
Objectif de progression : améliorer ma gestion émotionnelle en finale et ma capacité à rester concentré.
Objectif personnel : prendre du plaisir à relever les défis et continuer à apprendre de mes expériences.
L'objectif de résultat donne une direction.
Les objectifs de progression donnent des repères pour avancer.
Et le sens personnel permet de comprendre pourquoi cet engagement est important.
Préserver le plaisir de pratiquer
Le plaisir ne doit pas être considéré comme une récompense que le sportif mérite uniquement lorsqu'il réussit.
Il peut aussi faire partie intégrante de son expérience sportive.
Prendre du plaisir à grimper, apprécier les sensations, partager un moment avec ses partenaires ou découvrir une nouvelle voie ne sont pas des éléments secondaires.
Ils participent à la relation que le sportif construit avec son activité.
L'enjeu n'est pas de supprimer la recherche de performance, mais de permettre au sportif de ne pas réduire toute sa pratique à ses résultats.
6. Et si la question était simplement : pourquoi grimpes-tu ?
Derrière chaque grimpeur, il existe une histoire, des attentes, des valeurs et des motivations qui lui sont propres.
Certains recherchent le plaisir du mouvement.
D'autres aiment les défis et la compétition.
Certains souhaitent atteindre le haut niveau.
D'autres veulent simplement se dépasser, partager des moments avec leurs amis ou découvrir de nouvelles sensations.
Aucune de ces motivations n'est intrinsèquement meilleure qu'une autre.
Ce qui compte, c'est de comprendre ce qui nous pousse à agir, de pouvoir nous approprier nos objectifs et de construire une relation avec notre pratique qui nous permette de continuer à avancer.
En préparation mentale, la question n'est donc pas seulement :
« Quel est ton objectif ? »
Mais aussi :
« Pourquoi cet objectif est-il important pour toi ? »
Car comprendre ce qui nous motive, c'est aussi apprendre à mieux se connaître.
Pour aller plus loin
La motivation est un élément important de la préparation mentale, mais elle ne constitue qu'une partie de l'accompagnement du sportif.
Le travail peut également porter sur la confiance en soi, la gestion des émotions, la concentration, le rapport à l'échec et la capacité à mobiliser ses ressources dans les moments importants.
Dans mon approche de la préparation mentale, je considère que le sportif est avant tout une personne, avec son histoire, ses besoins, ses attentes et ses propres objectifs.
La personne d'abord, le sportif ensuite.
C'est en prenant en compte cette dimension globale que l'on peut construire un accompagnement adapté, durable et cohérent avec ce que le sportif souhaite réellement vivre dans sa pratique.



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